Certaines personnes font des retours sur leurs expériences en conventions, moi, je me suis demandée si je devais faire un article sur l'expérience étrange et bienveillante de mon câlin avec Amma. Il m'a fallu du temps pour mettre les émotions en mots. Attention, énorme pâté en vue.

A vrai dire, je crois que je le raconte plus pour moi-même que pour vous, pour ne pas oublier...

Petit retour sur qui est Amma :

"Amma est née en 1953 dans une famille pauvre de pêcheurs du Kérala, dans le sud de l’Inde. [...]

Depuis 1986, Amma est invitée régulièrement à l’étranger et se rend ainsi chaque année en Europe, aux Etats-Unis, au Japon, en Australie, en Malaisie, etc. Amma bénéficie également d’une large reconnaissance internationale au niveau institutionnel. Elle a prononcé des discours dans plusieurs conférences officielles, et notamment à l’ONU en 1995 et 2000. Pour son engagement humanitaire et ses efforts en faveur du dialogue interreligieux, Amma est honorée en 2002 par le prix Gandhi/King de la paix à Genève. En 2006, à New York, elle reçoit le quatrième prix interreligieux James Morton.

Dans les 30 dernières années, Amma a étreint et réconforté plus de 37 millions de personnes. À la question de savoir d’où elle tire la force de s’occuper de tant de gens et de construire en même temps une œuvre caritative si impressionnante, elle a l’habitude de dire : « Si tu éprouves vraiment de l’amour dans ce que tu fais, tu ne ressens pas la fatigue »."

Amma est donc venue dans ma ville en novembre 2017. Après notre voyage en Inde, c'était une expérience que nous avions envie de vivre avec ma famille, et il était impossible de rater ça, vu les circonstances !

Pour des raisons que je ne détaillerai pas ici, je n'y suis pas allée le samedi matin à l'ouverture, mais j'ai eu envie de vivre le puja, le rituel pour la paix du dimanche soir. Naïvement, j'ai pensé qu'il y aurait moins de monde, aussi, à cette occasion, un soir veille de reprise de travail... Erreur et grossière erreur, la célébration de la paix attire encore plus de monde que les autres jours et cette dernière nuit du dimanche est très spéciale. On m'a raconté que le lendemain matin (lundi donc), il y avait encore 600 personnes qui attendaient leur câlin, et que la cérémonie s'était terminée par un mariage et des "baptêmes", avec projection de fleurs et bénédiction. Quel événement cela a dû être !

Le darshan commençant à 20h30 après la méditation et les journaux ayant indiqué d'être là aux alentours de 16h pour recevoir le ticket permettant de recevoir l'étreinte d'Amma, me voici donc partie de chez moi vers 15h30 pour me mettre dans la file. L'entrée dans les lieux est facile mais l'information sur le lieu de délivrance des tickets incertaine. Les files d'attente se mettent en place de façon chaotique : l'une d'elles est réservée à la "première fois de la vie", une autre à "la première fois de l'année", une troisième à "la première fois du tour d'Europe". Les premiers à pouvoir s'engager dans la file sont ceux qui sont arrivés trop tard pour recevoir l'étreinte le matin, et donc vont pouvoir échanger leur ticket. Je me mets dans la file "première fois de la vie", fière et un peu stressée et là commence l'attente...

Après un peu plus d'une heure environ (j'ai déjà attendu environ une heure pour savoir où seraient les files), nous recevons nos tickets. Étant arrivée tôt, j'ai un ticket D1, soit presque le Graal des tickets ! En effet, 1 lettre + 1 chiffre passent d'abord, puis viennent des tickets avec 2 lettres, puis 3 lettres, puis 4. Autant dire que les 4 lettres doivent faire nuit blanche et ne sont pas sûrs de recevoir le darshan ! Contente de pouvoir y accéder assez rapidement, je vais m'installer comme les autres sur une chaise pour attendre le début du puja puis de la méditation. En attendant, je laisse mes quelques affaires sur ma chaise sans crainte, vais au petit coin puis boire un lassi mangue absolument divin. Et en revenant, c'est le drame : j'ai perdu mon ticket ! Sur la route des toilettes, en m'asseyant, je ne sais pas où, et, forcément avec un tel ticket, je ne risque pas de le retrouver, d'autant plus qu'une urne est placée à chaque entrée pour les tickets qui n'ont pas servi ou ont été retrouvés... Je suis effondrée. Je manque de faire une énième crise d'angoisse et, surtout, je recommence à me flageller et m'insulter moi-même d'être trop conne de faire une telle faute. Hashtag estime de soi...

J'en parle à ma voisine de droite, pas plus réceptive que ça, puis décide de m'adresser à une bénévole. A l'heure où j'écris ces mots, son prénom m'échappe, hélas. Je lui explique donc ma situation, presque les larmes aux yeux. Elle, touchée, compatissante devant ma détresse, essaye de me consoler, touche mon bras pour me donner de la force et de la sérénité, ce que je n'arrive pas du tout à prendre, n'ayant pas été touchée, câlinée, ou juste embrassée pour dire bonjour depuis des jours, étant dans un tel état de stress, d'angoisse, de détresse et de fatigue qu'il me semble être une statue de glace au coeur entouré d'une muraille infranchissable, prête à exploser (ou imploser, pour ne pas faire trop de problème à mon entourage, toujours dans cette idée de ne pas faire de vague).

Après m'avoir dit que cela arrive souvent (elle est bénévole sur tous les événements depuis des années) et que ce n'est pas une faute, que je suis trop dure avec moi, une autre bénévole, avec une magnifique étole blanche, essaye de me consoler en me disant qu'elle est à son compte et que la première fois où elle est venue, elle a fait une nuit blanche et reçu tellement d'énergie qu'elle est partie travailler le soleil dans le coeur. Cela me laisse complètement dubitative, mais je ne le lui dis pas et reste sur ma position que je ne peux pas rester toute la nuit, qu'il faut que j'aille travailler le lendemain à 9h, que ma directrice m'en voudrait énormément et que c'est un obstacle trop gros pour moi pour essayer de relativiser. La première bénévole m'accompagne donc auprès d'une autre pour recevoir un autre ticket... marqué ZZZR !!! Autant dire le lendemain à 15h... Ma détresse reprend de plus belle. Elle m'indique que cela arrive souvent que des gens acceptent d'échanger leurs tickets tôt pour passer plus tard dans la nuit, car c'est plus calme et l'ambiance est complètement différente. Elle m'invite donc à revenir après la méditation pour parler avec les gens se présentant pour le darshan pour tenter ma chance...

Je repars donc sur ma chaise (où rien n'a bougé... Je ferai la même chose pendant le darshan, en laissant toutes mes affaires sur une chaise, sans que quoi que ce soit bouge. Ce n'est simplement pas la mentalité du lieu : le vol n'a pas cours et bonheur et douceur sont légion) et l'arrivée d'Amma ne tarde pas. Elle commence par bénir de l'eau, qui nous est distribuée dans des petits récipients en plastique. Ma voisine de gauche m'explique qu'on peut la boire en entier d'un coup, mais que le mieux est de la transvaser dans une bouteille que l'on remplit régulièrement en laissant un fond d'eau, pour pouvoir être purifié tout au long de l'année en attendant la prochaine visite d'Amma... Je garde donc précieusement mon petit récipient et mettrai l'eau dans ma bouteille une fois rentrée chez moi.

Il est alors temps d'entendre les paroles et enseignements d'Amma. La cérémonie dure plus d'une heure, entre les enseignements traduits et la méditation, mais le temps passe très vite. Je suis assez surprise (de façon positive), de voir toutes ces personnes réunies qui se replace sur leur siège pour entrer en méditation toutes ensemble. C'est une expérience à vivre tellement intense ! Nous sommes tous là dans le même but et pour vivre amour et joie. Cela peut paraitre candide ou naïf, mais vraiment, il faut y être pour le ressentir...

Amma se prépare, des musiciens s'installent et vont jouer pendant toute la durée du darshan. La bénévole à l'étole me rejoint pour savoir comment je vais, m'assure qu'Amma sait ce qu'elle fait ; elle m'insuffle de la joie, de la bienveillance, elle chante et récite les enseignements. Puis Amma se présente en tunique bleue, coiffée d'une couronne et installée sous un dais où nous viendrons, à genoux, recevoir son étreinte. Toute la cérémonie est enregistrée et retransmise sur plusieurs écrans géants. Vient alors le moment de commencer le darshan et là, en voyant les premières personnes recevoir l'étreinte, mon cœur s'ouvre, j'en pleurerai tellement c'est beau de bienveillance et de bonté pure. Rien que voir ce moment, c'est sublime.

Je retourne auprès de la première bénévole, qui s'occupe de la file d'attente. Quelques personnes s'installent et je n'ose pas les aborder, pas aussi tôt dans la soirée. Une vieille dame arrive en demandant à quelle heure est la conférence, car elle ne veut pas rater son tour. Je tente ma chance pour la première fois ! Moi qui ne sais pas parler aux gens et suis tétanisée à l'idée de parler à des inconnus, j'essaye, tant pis. Je lui demande si elle serait d'accord pour échanger son ticket avec moi, puisque j'ai fait la faute de perdre le mien. Elle aussi me dit que je suis trop dure avec moi et que, malheureusement, cette année, elle ne reste pas cette nuit mais repart directement, sinon elle l'aurait fait avec plaisir.

Je retourne donc auprès de la bénévole, qui s'occupe de moi comme elle peut, la pauvre, j'ai dû déranger son service sans m'en rendre compte, j'en suis désolée aujourd'hui. Une dame passe pour indiquer qu'elle va au bureau du service pour faire du bénévolat... C'est ma chance ! Je repose donc ma question et elle, dans un élan de bonté et générosité, échange son ticket avec le mien ! Je tombe sur 2 lettres avec R au début, on se rapproche, et puis je suis de toute façon tellement touchée par sa gentillesse que je vais lui faire un câlin.

Je traine encore un peu autour de la bénévole et, quelques minutes plus tard, une dame avec un bébé vient lui amener 2 tickets donnés par des amis à elle qui sont repartis, il me semble. La bénévole m'indique qu'elle ne peut pas se permettre de me donner l'un de ces tickets, même s'ils sont plus avantageux que celui que j'ai, car elle doit d'abord les remettre à sa supérieure, qui décidera. Son service terminant bientôt, elle me propose de l'attendre et m'accompagne auprès d'une vieille dame en fauteuil roulant, à l'air gentil, bientôt rejointe par une plus jeune, ne parlant pas français, à l'air un peu plus agressif.

La bénévole explique la situation, donne les 2 tickets tandis que je reste un peu de côté pour ne pas m'imposer. Je me souviens surtout de l'air bienveillant de la dame en fauteuil roulant, tandis que "ma" bénévole parlemente avec la plus jeune, qui lui demande "Why her ?", ce à quoi elle répond, j'ai l'impression, simplement parce que je suis là. Je finis par récupérer un ticket lettre+chiffre, je suis aux anges, je remercie vite la dame en fauteuil roulant et cours après "ma" bénévole, partie rapidement, je ne sais trop pourquoi. A-t-elle été réprimandée pour son gentil geste envers moi ? Je ne le saurais pas, quand j'arrive enfin à la rattraper, je la remercie en lui faisant câlin, mais elle s'éloigne rapidement et semble ennuyée. Est-ce que je projette ? S'est-il réellement passé quelque chose ? Je ne le sais pas...

Je peux enfin retourner à ma place, recommencer à écouter un peu plus sereinement les musiciens qui ne se sont pas arrêtés depuis 21h, regarder les gens recevoir le darshan. Je surveille la file d'attente et quand arrive mon tour, je me dirige vers la nouvelle bénévole. Zut, j'avais oublié qu'il faut retirer ses chaussures et laisser ses objets personnels dans un sac. Autant, laisser mon écharpe sur un siège ne me gène pas, mais mon téléphone bien-aimé, j'ai plus de mal. Je vais donc faire la queue à la conciergerie puis retourne à la file d'attente.

Il s'agit de 2 rangées de sièges en longueur, et à chaque fois que 2 personnes montent sur le podium, nous avançons d'un siège. Les consignes nous sont données (être à genoux, se laisser essuyer la figure par l'un des bénévoles pour ne pas trop tacher la tunique d'Amma - qui s'en fiche, mais c'est pour les suivants - se laisser guider par les bénévoles auprès d'Amma). Il est possible ensuite de rester un peu sur le podium pour profiter au plus près du darshan. J'avance donc progressivement, jusqu'à monter sur le podium...

Un bénévole me rappelle les consignes, je me mets à genoux, une bénévole essuie mon front, puis une autre me fait avancer de façon volontaire et me pose la tête entre les bras d'Amma, qui me murmure un mot, plusieurs fois, dans l'oreille. C'est beau, c'est musical, son câlin est moins fort que celui que j'ai pu échanger avec la dame qui a bien voulu échanger son ticket avec le mien (et que je n'aurais pas utilisé, au final), parce que j'ai un peu l'impression d'être à l'usine, cela ne dure que quelques secondes. Mais je comprends pourquoi certaines personnes pleurent ou ressentent une profonde énergie. Oui, c'est certainement aussi dû au contexte global, mais, pour ceux qui ne l'ont pas vécu, comment pourrions-nous vous expliquer ce moment de gentillesse et bienveillance pures ?

Après avoir reçu un bonbon emballé dans un pétale de rose de la main d'Amma, il est déjà temps de se relever. Une bénévole me dirige au plus près du dais, afin que je puisse continuer à suivre le darshan. A voir, c'est vraiment très beau et plein d'émotions. Quelques minutes plus tard, je dois laisser la place aux suivants, c'est normal. Je décide de redescendre sur terre pour retourner chercher mes affaires et faire un tour dans l'espace vente. Pour être honnête, je vais d'abord faire un tour dans l'espace vente, puis je me rends compte que je n'ai pas mon argent avec moi pour payer ce que je viens de réserver et qu'il faut que je retourne chercher mes affaires... Je plane un peu, apparemment ^^ J'achète des bindis pour ma sœur et moi, un sac-cabas en toile, une photo d'Amma et un sac à main bleu avec une très longue anse en tissu avec des reflets argentés. J'ai craqué, mais je me dis que c'est pour la bonne cause, les produits étant faits-mains en Inde dans l'ashram d'Amma.

Un dernier lassi mangue toujours aussi divin (je n'ai rien mangé d'autre de la soirée) et je me rends compte qu'il est plus de minuit et qu'il est temps que je rentre chez moi. Je suis toujours dans cette ambiance douce et agréable, je n'ai pas envie de retourner à mon quotidien, à vrai dire, mais je me sens apaisée. Le lendemain matin, d'ailleurs, mes collègues verront tout de suite qu'il s'est passé quelque chose pendant le week-end. Je leur raconte le câlin d'Amma. Mes émotions, par contre, sont à moi...

J'ai l'impression que je ne parle pas assez de l'ambiance de cette soirée, mais elle est indescriptible. C'est doux, c'est apaisant, il n'y a pas de conflit, pas de vol, les bénévoles sont adorables. C'est unique et indescriptible. Amma revient en France cette année, et très probablement dans ma ville. Cette fois, j'ai décidé que je ferai du service et que je prendrai mon lundi pour profiter de la fête du dimanche... Qui vient avec moi ?

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