Souvent, souvent, je me sens comme ailleurs. Je me rends compte que je suis moi, pas une autre. Que mon prénom est mon prénom. Je le redécouvre, je me dis : ah oui tiens, je m'appelle comme ça. J'ai affiché des photos de moi, chez moi, non pas par prétention, mais pour me rappeler que je suis moi... Étrange expression, encore plus étrange sensation, croyez-moi. D'aussi loin que je m'en souvienne, ma seule motivation, c'est qu'on m'aime. Qu'on m'apprécie. Que je manque à quelqu'un. Que j'existe en fait. Déception continuelle de devoir exister par quelqu'un d'autre. C'est pour ça que je m'endurcis, pour ça que je fais la femme forte et indépendante. Ce que je suis, en partie, je n'ai besoin de personne pour aller en vacances ou au ciné, tout en voulant désespérément trouver l'amour.

La semaine dernière, je disais à quelqu'un que ma vie va bien. J'ai un travail, des amis, un toit. Je vis ma vie, mais c'est tout. Je suis déconnectée des sentiments, ils sont comme émoussés. J'ai appris une magnifique nouvelle hier, et j'ai fait semblant. Parce que c'est la réaction qu'on attendait de moi, alors que moi, je ne me sentais juste pas concernée. C'est horrible à dire, horrible à penser, j'ai l'impression d'être une femme horrible. C'est compliqué à décrire, la dépersonnalisation, je sais juste que je la vis depuis toujours et que je connais son nom depuis seulement quelques jours.

Je suis tombée sur ce témoignage qui me parle en partie :

Vous savez quoi : Je m’emmerde. Tout le temps je m’emmerde. Partout je m’emmerde. Dès que je fais quelque chose ça m’emmerde. Davantage que quand je ne fais rien d’ailleurs. C’est vraiment pathologique. J’ai tellement de mal à m’incarner dans l’action, à “être à ce que je fais” comme on dit. 

Ce qui m’emmerde tant dans l’action c’est qu’elle est limitante. Quand je fais ça, ici et maintenant, je ne fais pas autre chose, ailleurs. [...]

Alors je ne fais rien du tout. Ou bien je picore. Je commence-ci, j’arrête ça. Je touche à tout sans rien faire à fond. Et puis, surtout, je rumine. Je rumine des projets que je ne réaliserais jamais. Je me nourris de ça. J’imagine, je conçois, je rêve. Mon esprit est un attracteur plus fort que ce que la réalité peut m’apporter. [...]

Et puis, comme si ça ne suffisait pas, en plus de cela, il y a ce double maudit qui m’accompagne partout. Cette auto analyse permanente qui met en abime tous mes actes et toutes mes pensées, avec en tâche de fond, comme un voyant de contrôle obsédant, la question lancinante du “POURQUOI”. Trouver un sens à tout. Cette lucidité qui me murmure comme un mauvais démon qu’aucun de nos acte n’est nécessaire. On s’invente des obligations, une importance, une place artificielle dans un monde qui n’a pas besoin de nous.On se choisit arbitrairement une passion et on se convainc qu’on adore ça, pour mieux perdre son temps. Mais tout est profondément futile. Tout pourrait aussi bien ne pas être : C’est le vertige de la contingence de toute chose. L’inutilité profonde de toute cette agitation. Avec aussi, ce sentiment cousin de l’orgueil qui accompagne chaque divertissement; celui de n’être pas dupe, de faire semblant et de jouer un rôle. 

Quand on va bien, d’autant que je me souvienne, le désir et l’envie jouent ce rôle de moteur. On se laisse tirer par ces élans vitaux et le reste vient avec. Les questions s’envolent. 

Je sais que c'est un mécanisme de défense, que mon cerveau essaye de se protéger comme il peut. Il y a quelques temps, quelqu'un me disait que j'avais dressé des barrières autour de moi. Je les vois plutôt comme des murs de château-fort tout autour de mon coeur. Je peux même vous dire à quel moment, l'an dernier, mon coeur a mis la dernière pierre pour remonter ses murs.

Car non, je ne suis pas toujours dans cet état. Je lutte avec une dépression héréditaire qui me met parfois au 4ème dessous. Je lutte avec mon introversion qui me fait dire que je n'aime pas les gens parce qu'en fait, la plupart du temps, ils me font peur (ou ne m'intéressent pas, dans mes moments de dépersonnalisation), je lutte pour ne plus claquer la porte. Je vais plutôt bien la plupart du temps. J'ai vécu une très belle expérience l'année dernière qui m'a regonflée à bloc... pour progressivement me laisser épuisée par le Monde et ma vie. Je suis tout le temps épuisée de penser. Ma vie n'est pas celle que j'avais imaginée et j'en suis tellement désolée. Je pensais être plus forte et plus détachée. Je me suis trompée.

 

Il est bizarre cet article hein ? Désolée. J'avais besoin de m'épancher, je vais le réécrire dans mon Bujo, et puis je le supprimerai.

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